Chroniques sur l’immigration à travers le roman

Victor Piché

Que nous apprennent les romans sur l’histoire de l’immigration au Québec?  Notre chercheur associé Victor Piché vous propose une analyse sociologique et démographique des migrations à travers la littérature.  Il a choisi pour vous des romans qui contribuent à notre compréhension du phénomène migratoire.  C’est une invitation à la lecture et à la réflexion sur l’histoire de l’immigration et de la formation de la population du Québec à travers les romans!

Bonne lecture !

 


Les migrations imaginées : présentation des objectifs 

Elle commence avec un extrait du roman de Naomi Fontaine, Shuni (Mémoire d’encrier, 2019, p. 12) :
« Nous avons été longtemps analysés, sans que jamais personne ne se donne la peine de nous connaître.
Julie, je te raconterai tout ce que les chiffres ne disent pas. »

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Série 1 : Populations autochtones

1.1 Les migrations au cœur d’un génocide

Cette chronique porte sur le roman de Bernard Assiniwi, La saga des Béothuks (Nomades, 1996).

Bien que les chroniques traiteront principalement du Québec, j’ai choisi de dédier la première au cas du génocide bien documenté des Béothuks, habitants d’une île que l’on nomme aujourd’hui Terre-Neuve. Cette histoire en trois temps – vie traditionnelle – invasion – génocide – représente, à mon avis, l’expérience qu’ont vécu plusieurs autres groupes Autochtones du Québec. Cela la rend d’autant plus pertinente à lire et à apprendre.

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1.2 Le roman de la colonisation brutale

Cette chronique porte sur le roman de An Antane Kapesh, Tanite Nene Etutamin Nitassi?  Qu’as-tu fait de mon pays ? (Mémoire d’encrier, 1979/2020).

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1.3 Du mouvement à la sédentarisation forcée

Aujourd’hui, avec le roman de Michel Jean, Kukum (Libre expression, 2019), Victor Piché aborde l’histoire de l’immigration-invasion qui a provoqué la dépossession territoriale et culturelle des Autochtones du Canada. Elle est racontée par Kukum, qui signifie « grand-mère » en innu-aimun et qui est l’arrière-grand-mère de l’auteur, Michel Jean.

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1.4 Le retour aux sources et la quête identitaire

Victor Piché se penche aujourd’hui sur deux romans de Naomi Fontaine, Kuessipan, long poème déchirant sur les impacts du rétrécissement des territoires ancestraux, et Shuni, lettre à une amie Québécoise se rendant dans la communauté Innue de l’autrice. Ces deux romans abordent, chacun à leur manière, les conséquences de la colonisation, évoquant à la fois le passé, le présent et le futur espéré.

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1.5 La colonisation comme migration d’invasion

Pourquoi revenir sur Uashat compte tenu des apports assez complets des romans de Naomi Fontaine présentés dans la chronique précédente ? À travers son personnage de Grand-Père, le roman de Gérard Bouchard, nous met face aux impacts dévastateurs des migrations en provenance du Sud (colons, missionnaires, commerçants européens). Assis sur le perron, jouant du tambour, Grand-Père se remémore la vie d’« avant » et décortique pour nous les mécanismes de dépossession : les mines, les barrages, la coupe à blanc, les chemins de fer, l’invasion des territoires, l’enlèvement des enfants.

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1.6 La Baie James revisitée : le développement « le couteau sur la gorge »

Le roman de Virginia Pésémapéo Bordeleau raconte son voyage de retour à la Baie James. Ce « voyage intérieur », comme elle l’intitule elle-même, se déroule de mémoire en mémoire, celles entretenues en particulier par les femmes de sa famille : les mères, les tantes, les cousines. Au gré de ses rencontres, elle exprime sa détresse et dénonce les horreurs vécues dans les pensionnats. Elle pose également la question du dilemme déchirant posé aux Cris : les signatures d’ententes, comme celle de la Paix des Braves qui entérine l’exploitation du territoire Cri, leur sont-elles vraiment bénéfiques ?

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1.7 Migrations scolaires forcées : les pensionnats

Tous les romans dont nous avons parlé jusqu’à maintenant mentionnent le recrutement forcé des enfants pour l’école des Blancs. Le roman Le vent en parle encore de Michel Jean (Stanké, 2015) nous donne l’occasion de revenir plus en détail sur cette période de l’histoire des Premières Nations et du Québec. C’est l’histoire de trois jeunes innus envoyés à Fort George dans la Baie James que les parents ont été contraints de laisser partir sous pression du gouvernement, des policiers et des encouragements de « l’homme en soutane ». La lecture peut être difficile.

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1.8 « Voyages dans l’arrière-pays » : histoires de chasse et de pêche

Sanaaq (le nom de l’héroïne) raconte la vie d’un petit groupe de familles inuit semi-nomades, juste avant l’établissement des premiers Blancs, même si on perçoit ici et là les signes avant-coureurs de leur présence. Chaque chapitre consiste en un petit conte portant sur une activité quotidienne. C’est la vie « avant », avant la mise en dépendance, avant les déplacements forcés. La migration dans le mode de vie traditionnel est essentiellement « temporaire » et concerne les déplacements « vers l’intérieur » pour pratiquer la chasse. Deux autres formes de migration apparaitront avec le début de la présence colonisatrice : les migrations de travail et les migrations sanitaires.

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1.9 Les déplacements périlleux

Le roman de Markoousie Patsauq nous fait entrer dans le monde périlleux de la chasse à l’ours. Cette fresque monumentale décrit les aléas de la survie alimentaire, une activité essentielle, rythmant une bonne partie de la vie des Inuit, et s’avérant possible uniquement grâce aux voyages de chasse entrepris dans des conditions risquées. La GLACE constitue le « personnage » principal du livre : elle s’avère d’autant plus présente dans les esprits et les contes qu’elle incarne dans le récit une menace constante sur la vie des chasseurs et de leurs familles.

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1.10 « Requiem pour un glacier» : les migrations climatiques, une réalité à la porte de l’Arctique

Jusqu’ici, les romans sélectionnés relevaient de l’autofiction. Avec le livre de Sheila Watt-Cloutier, on passe de l’autofiction à l’autobiographie. La différence entre les deux genres n’est pas toujours évidente. J’ai retenu le livre de Watt-Cloutier parce qu’il aborde la question des changements climatiques dans le Grand Nord, un thème méconnu lorsque l’on parle de l’Arctique. Cela nous permet également d’introduire la notion de migrations climatiques, un phénomène qui prendra de plus en plus d’ampleur dans les années à venir si la tendance actuelle se maintient.

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1.11 « On dit qu’il faut leur pardonner… » : un cri du cœur pour une prise de conscience collective

Quelle plus belle façon de terminer la série de chroniques sur les populations autochtones que par un grand chant poétique, une longue lamentation sur le sort des filles dans le Nunavut des années 1970 ! C’est ce que nous retrouvons dans le livre de Tanya Tagaq, Croc fendu.

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1.12 La dimension internationale des migrations dans les romans autochtones

Mes chroniques intitulées « les migrations imaginées » visent essentiellement à répondre à la question suivante : que nous apprend le roman sur l’histoire de l’immigration au Québec ? Or, dans ma série sur les populations autochtones, la dimension « immigration » n’était pas toujours évidente. En guise de conclusion à cette série, j’aimerais revenir sur la notion de frontière et dire en quoi la dimension internationale est omniprésente dans ma conception des migrations autochtones.

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1.13 « J’arrive pas à comprendre tout cela » : la migration nord-sud et l’itinérance autochtone à Montréal

L’un des thèmes importants, mais jusqu’ici largement ignoré par la littérature québécoise portant sur les expériences migratoires des Premières Nations au Québec est celui de la présence autochtone dans les grandes villes. Cette absence est désormais comblée grâce au dernier roman de Michel Jean, Tiohtiá:ke, où l’auteur nous fait découvrir les réalités de l’itinérance autochtone (Cris, Atikamekw, Innus, Inuit, Micmacs, Mohawk) dans le Centre-ville de Montréal, en particulier au square Cabot.

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1.14 Des lieux d’effacements aux lieux des reconstructions identitaires : des migrations au cœur des identités autochtones

Parmi tous les romans que j’ai parcourus afin d’y extraire des fragments de connaissances migratoires, le roman de Natasha Kanapé Fontaine, Nauetakuan, un silence pour un bruit, est celui qui aura le mieux renforcé cette idée selon laquelle les lieux que nous fréquentons, et entre lesquels nous circulons, sont au cœur de nos constructions identitaires. Ces lieux ne sont bien souvent atteints que par une forme ou une autre de « migration ». Dans ce roman, c’est par les déplacements que Monica, une Innue de Pessamit (Côte-Nord), réussit à passer des lieux d’effacements aux lieux des reconstructions identitaires.

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Série 2 : Histoires de l’immigration des populations noires

Note : En 2016, au Québec, la population noire (auto-déclarée) était estimée de 319,230, dont 43% d’origine haïtienne et 45% d’origine africaine.   Il existe aussi un groupe noir originaire de la Caraïbe anglophone : un peu plus de 16,000 en 2016.

2.1 L’immigration au temps de l’esclavage

Imaginez que vous marchez dans les rues du Vieux-Montréal dans les années 1800 et que vous y rencontrez une personne de couleur noire, il est fort probable que celle-ci soit une « immigrante involontaire », venue soit dans le cadre de la fuite des esclaves au moment de la guerre d’indépendance américaine, soit après avoir été achetée, probablement à Savannah en Caroline du Sud par un marchand de Montréal. C’est cette histoire que raconte Aminata de Lawrence Hill.

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2.2 « Les silences de l’histoire et les raisons du cœur » : un cri virulent contre les effets dévastateurs de l’esclavage et du patriarcat sur les femmes noires

Les récits sur la traite des esclaves sont nombreux (films, documentaires, romans, etc.). Dans ces récits, ce sont les faits, les évènements, les conditions de vie et les violences physiques et sexuelles qui sont à l’avant-plan. La dimension psychologique des effets de l’esclavage est en ce sens souvent absente. Le roman de Marie-Célie Agnant, Le livre d’Emma, nous plonge pour sa part en plein cœur de l’univers troublé et troublant d’Emma, peinant à raconter les séquelles toujours présentes de l’esclavage pour les femmes noires.

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2.3 La Petite-Bourgogne et la communauté noire des années 1940 : une histoire oubliée

Presque chaque jour, je croise la rue des Seigneurs dans le quartier de la Petite-Bourgogne. J’ignorais que ce quartier avait eu une vie très mouvementée dans les années 1940. J’étais loin de soupçonner que dans ces années, quelques familles noires anglophones y vivaient. Le roman No Crystal Stair de Mairuth Sarsfield nous révèle un aspect complètement absent de l’histoire de l’immigration au Québec, soit celle de l’immigration noire anglophone au Québec avant les années 1960 et son lien avec les emplois de portiers dans le chemin de fer.

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2.4 Survivre au racisme à l’école

On connaît peu de choses sur l’intégration des jeunes Noirs en provenance de la Caraïbe anglophone, ici, Saint-Vincent et les Grenadines. Le roman de H. Nigel Thomas, De glace et d’ombre offre une excellente occasion de pénétrer le monde scolaire anglophone et d’y observer les relations interraciales entre les jeunes élèves. Le roman de Thomas met également en relief les conflits intergénérationnels entre la mère et le fils.

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2.5 Entre errance et appartenance, entre Port-au-Prince et Côte-des-Neiges

Émile Ollivier est considéré par plusieurs comme l’écrivain de l’exil et de l’errance. On lui doit en outre l’invention du terme « migrance ». Avec son dernier roman posthume, La brûlerie, il démontre qu’il est beaucoup plus que cela. Dans La brûlerie, le plus montréalais de ses romans, il chante son grand attachement à Montréal et en particulier au quartier Côte-des-Neiges.

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2.6 De Port-aux-Morts à Nédgé : le métissage comme nouvelle carte du monde

Quelques années après Émile Olivier et pour les mêmes raisons, Georges Anglade dû fuir Haïti. Son roman se situe dans la tradition orale bien haïtienne, avec son art de la « lodyans », c.-à-d. de courtes histoires. Très souvent avec humour, nous sommes témoins d’histoires de la vie quotidienne à Quina, sa ville natale, à Port-au-Prince, qu’il dénomme Port-aux-Morts et dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, ou Nédgé selon la consonance créole.

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2.7 L’exil comme voyage

Avec Dany Laferrière, nous pénétrons dans un autre univers. Si, comme Émile Ollivier et Georges Anglade, il s’est retrouvé sur la liste noire de la dictature duvaliériste et fut forcé de fuir Haïti, son implantation à Montréal s’est déroulée de façon fort différente. En effet, à son arrivée, il s’installe dans une chambre dépouillée du Carré Saint-Louis. Pour gagner sa vie, il doit travailler à l’usine comme beaucoup d’autres travailleurs immigrants. Ce n’est que plus tard qu’il pourra se consacrer à plein temps à l’écriture.

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Les filières de l’intégration

Les discours de certains politiciens, chroniqueurs et intellectuels laissent parfois entendre que les immigrants et les immigrantes ne veulent pas s’intégrer à la société québécoise. Pour ces derniers, l’intégration est perçue comme un problème. Deux auteurs et une autrice nous offrent un tableau « positif » de l’intégration, en empruntant des véhicules littéraires variés : l’écriture (Dany Laferrière), l’humour (Boucar Diouf) et la formulation de conseils pratiques (Lucie Tapsoba Coulibaly).

2.8 Les filières de l’intégration (partie I)
L’écriture comme voyage culturel — « à moi de m’adapter » (Dany Laferrière)

Au cours des trois prochaines semaines, nous aborderons le thème des filières de l’intégration à travers l’œuvre de ces trois auteurs. Cette semaine, nous commençons avec deux romans de Dany Laferrière : (1) Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo (Mémoire d’encrier, 2015) et (2) L’exil vaut le voyage (Boréal, 2020).

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2.9 Les filières de l’intégration (partie 2)
L’humour comme trait d’union : Boucar Diouf comme entremetteur culturel

Après avoir abordé la filière « écriture » à travers deux romans de Dany Laferrière, nous poursuivons cette semaine avec la filière « humour » représentée par le livre Sous l’arbre à palabres, mon grand-père disait… 2.0 de Boucar Diouf.

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2.10 Les filières de l’intégration (partie 3) - les conseils pratiques
Lucie Tapsoba Coulibaly : expliquer le Québec aux autres

Après avoir abordé la filière « écriture » (Dany Laferrière) et la filière « humour » (Boucar Diouf), nous poursuivons cette semaine avec la filière « formulation de conseils pratiques » à l’intention des nouvelles familles arrivantes, représentée par le livre de Lucie Tapsoba Coulibaly, Valeurs traditionnelles, multiculturalisme et vie harmonieuse (Éditions Carte blanche, 2019).

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2.11 Le racisme systémique à l’œuvre : quand la littérature vient en aide à la science

Dans La Presse du 28 septembre dernier, la journaliste Fanny Lévesque rapporte les propos de M. Legault niant l’existence d’un système raciste lors de son passage à l’Éducation. Celui-ci aurait intérêt à ajouter à sa liste de lecture le livre de Mensah Hemedzo, Dites-leur que je suis québécois (Éditions de l’Homme, 2019), qui documente le racisme systémique dans le système d’éducation à l’époque de son passage. Il y verrait peut-être ce qu’il n’a pas vu.

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Série 3 : Population latino-américaines

3.1 L’amertume de la différence

Le roman de Caroline Dawson, Là où je me terre (Éditions Remue-ménage, 2001), d’une force inouïe, permet d’entrer dans l’univers d’une enfant forcée de suivre ses parents et être témoin de leur vie dévaluée et humiliante. Quatre thèmes rarement abordés dans l’histoire de l’immigration parcourent l’itinéraire d’intégration de l’auteure : le traumatisme du départ, le fait d’être témoin de la descente aux enfers de ses parents — surtout sa mère —, la négation de soi pour s’intégrer et enfin l’expérience des différences de classes sociales. En somme, ce livre est une histoire de résilience.

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3.2 Le roman de la solitude : l’exil intérieur

Opposant de la dictature sévissant au Brésil dans les années 1960, Sergio Kokis arriva à Montréal en 1969, alors âgé de 25 ans. Au moment de son arrivée, l’immigration brésilienne était statistiquement marginale, le Québec ne comptant qu’environ 2000 immigrants en provenance du Brésil vers la fin des années 1960. Dans son roman Le pavillon des miroirs, publié en 1994, Serio Kokis pose un regard désarmant sur le pays de son enfance ; sur la difficulté de l’exil ainsi que sur le rôle que joua la peinture pour chasser de sa tête les images de viols, de ghettos et de pauvreté le hantant quotidiennement.

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3.3 « On a besoin de vous, mais ne restez pas trop longtemps »: les travailleurs temporaires, la face cachée de l’histoire de l’immigration

Le rôle clé joué par les travailleurs et travailleuses temporaires au Canada et au Québec n’est pas encore retracé dans l’histoire officielle de l’immigration ; une histoire également largement oubliée dans la littérature québécoise. Parmi les rares œuvres portant sur ce thème se trouve le roman de Marie-Ève Sévigny, Sans terre ; un roman qui traite d’immigration temporaire à travers l’histoire de travailleurs agricoles employés à l’Île d’Orléans. Ce roman mérite notre attention en ce qu’il nous fait découvrir une réalité bien présente dans la société québécoise, mais rarement débattue dans l’arène politique. Ce récit nous permet de rentrer dans l’univers méconnu des travailleurs temporaires agricoles au Québec.

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3.4 Les guerres de gangs

Le 4 septembre dernier, un article du journal La Presse titrait « Gangs de rue : le nouveau Far West ». Une réalité « nouvelle » un peu datée, semble-t-il, puisque déjà en 1998, Mauricio Segura y consacrait un roman. Ce dernier, axé sur les conflits entre deux gangs de jeunes étudiants d’une polyvalente du quartier Côte-des-Neiges, les Latinos Power et les Bad Boys (groupe haïtien), a pour titre « Côte-des-Nègres ». Lors de la parution du roman à l’époque, le titre ne suscita aucun débat ; comme si la réalité suggérée par ce dernier allait de soi. J’exposerai en ce sens en conclusion comment un tel titre, trompeur et offensant, participa à la propagation du mythe autour de la composition ethnique du quartier, et plus particulièrement celui de la prépondérance des jeunes Noirs dans Côte-des-Neiges.

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Série 4 : Populations asiatiques

4.1 Du traumatisme de réfugiée à la grâce de la feuille d’érable

Ru, le premier roman de Kim Thúy, débute pendant la fin de la guerre du Vietnam. Ce dernier nous donne l’occasion de revisiter l’émigration forcée des « boat people », dont une partie importante trouva refuge au Québec vers le début des années 1980. Il faudra attendre son dernier roman, Em (Libre Expression, 2020), pour retourner plus avant dans l’histoire du Vietnam. Ainsi, même si c’est de Ru dont je veux parler ici, une parenthèse sur Em me parait incontournable pour bien comprendre l’immigration vietnamienne au Québec.

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4.2 Les tiraillements de l’émigration : entre la renaissance et le désir de rester chez soi

Le roman de Ying Chen concerne l’immigration chinoise récente. Il est construit autour de la correspondance entre Yuan, émigré à Montréal, et Sassa, son amoureuse restée à Shanghai. On assiste à un échange entre deux visions contradictoires de la migration : l’une vécue comme une chance de renaître (Yuan) et l’autre comme un geste inutile et incompréhensible (Sassa). C’est au tiraillement entre le désir de rester chez soi et la quête d’un monde sans frontières que le Roman de Ying Chen nous permet d’assister.

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4.3 Entre la Corée, le Japon et Montréal : une quête identitaire qui brouille les catégories « officielles »

Le roman de Ook Chung, La trilogie coréenne, nous montre de quelle manière les catégories utilisées par les statistiques officielles (p. ex. recensements, statistiques d’immigration) peuvent parfois être trompeuses. Par exemple, Ook Chung étant né au Japon et ayant pour langue maternelle le japonais, il apparaît statistiquement dans le groupe japonais selon les deux critères du lieu de naissance et de la langue maternelle. Cependant, il se considère lui-même d’origine coréenne, de par ses parents, d’où le titre du livre. L’héritage coréen est en ce sens très présent dans le roman.

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4.4 Les horreurs d’un génocide

Le roman Manam de Rima Elkouri est d’abord et avant le récit de sa grand-mère « Téta », arrivée à Montréal en 1957.   Manam est aussi le roman du génocide. Il nous fait entrer dans un pan de l’histoire arménienne trop souvent oubliée, comme le rappelle la citation d’Élie Wiesel (écrivain et philosophe d’origine roumaine) : « Le génocide tue deux fois. La seconde par le silence » (p. 88).

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4.5 Québécoise ET Arménienne

Clara découvre le journal personnel de sa mère, Marie-Louise, récemment décédée avec son mari dans un accident de voiture. C’est à travers ces écrits que Clara raconte l’histoire de trois générations : celle de ses grands-parents, de sa mère et la sienne. Elle nous fait ainsi voyager entre la Turquie (pays d’origine de ses grands-parents arméniens), l’Égypte (le pays de naissance de sa mère) et le Québec, où s’est installée sa mère pour lui donner naissance. Trois générations, trois destins liant Arménie et Québec.

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4.6 L’intégration par l’art : « jouer pour ne pas mourir »

Pour ceux et celles n’ayant pas connu le Québec d’avant la loi 101, le roman d’Abla Farhoud, Toutes celles que j’étais, campé dans les années 1960-1970, permet de revisiter une époque où la langue anglaise dominait chez de nombreuses familles immigrantes. De plus, ce roman explore trois facettes de l’immigration peu abordées dans les romans précédents, soit l’expérience concrète de l’émigration vécue à un jeune âge, les différences de traitement entre les filles et les garçons, et les conflits fille père.

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Série 5 : Immigration et religion

Que ce soit à travers des organismes d’aide aux immigrants ou comme lieu de rassemblement identitaire, la religion occupe une place importante dans plusieurs romans traitant de la migration. Cette facette religieuse étant bien documentée dans les travaux anthropologiques et historiques, une autre dimension sera privilégiée ici. Dans cette nouvelle série, la religion sera abordée dans deux directions controversées, soit (i) les affres de l’islamophobie et (ii) les inégalités hommes-femmes dans les familles juives orthodoxes.

5.1 Islamophobies

Dans la présente chronique, c’est à travers Viral, le dernier roman de Mauricio Segura (Boréal, 2021) que nous aborderons de nombreuses manifestations des islamophobies. Je mets « islamophobies » au pluriel, car les réactions et les préjugés antimusulmans sont loin d’être univoques.

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